Hervé Ribes, "l'écorché sans armure"
À l'occasion du Printemps des poètes lancé hier samedi, rencontre avec deux Vendômois amoureux des rimes, Hervé Ribes et Patrice Bérard.
Le dernier recueil d'Hervé Ribes, De parfums et de ronces, paru l'année dernière a su conjuguer avec bonheur la poésie classique avec l'actualité mais lorsqu'on lui demande ce qu'il pense du Printemps des poètes, opération nationale de vulgarisation de la poésie, le Vendômois répond : « Objectivement, c'est super, mais personnellement, ce n'est pas mon truc ».
Hervé Ribes reconnaît, en effet, être affligé d'une timidité surhumaine : « Dans ma jeunesse, je voulais être comédien. Mais dès mes premiers cours, j'ai compris que ce serait impossible... Je ne suis pas à l'aise en public. Si on m'invitait pour parler d'un de mes livres à la télé, je ne pourrai même pas accepter. » Timide donc, et « taiseux », héritage sans doute de ses grands-parents normands et auvergnats : « Chez nous, on ne se plaignait pas. » Et pourtant, l'enfance du poète fut compliquée « Mes poésies viennent de certaines fêlures, certains traumatismes. En réalité, je ne pense pas que beaucoup d'artistes aient eu une enfance sans problèmes ». Des fêlures sans doutes à l'origine de son impossibilité à entrer dans « les normes » d'une société qu'il a bien du mal comprendre et qui résonnent dans ses alexandrins :
« Il reste l'incompris, l'écorché sans armure,
L'obscur qui se voudrait trouver partout sauf où
Il est, hormis sa tour d'ivoire garde-fou,
D'où miroitent les ors de son art qui murmure ».
Une passion pour Hugo, Villon, Leconte de Lisle
Allergique à l'enseignement traditionnel, il se nourrit de bandes dessinées et surtout de films qui stimulent son imagination et développent sa sensibilité. Il commence à écrire en même temps qu'il rencontre ses écrivains préférés, vers l'âge de 30 ans. Il reconnaît volontiers avoir une passion pour Victor Hugo (le Talent robuste), François Villon et surtout pour Leconte de Lisle. Il admire également Baudelaire, mais il est plus sévère avec Rimbaud : « Il a écrit quatre poèmes magnifiques, mais il s'est affranchi des " contraintes exquises " nécessaires à la vraie poésie lorsqu'il a commencé à écrire en vers libres ».
Exigeant Hervé Ribes ? Oui. D'autant plus qu'il ne trouve aucun héritier à ses « Maîtres » au cours du XXe siècle, et encore moins dans la période actuelle. « Ferré, Brel ? J'aime bien, mais ce n'est pas vraiment de la poésie, c'est de la chanson. »
Une exigence qui amène le poète à travailler lentement. D'autant plus que si la poésie vit grâce aux poètes, les poètes vivent rarement grâce à leurs poésies. L'industrie du livre se fait de plus en plus frileuse en la matière, et les conditions imposées aux auteurs sont de plus en plus contraignantes. Un obstacle de taille qu'Hervé Ribes tentera peut-être de contourner prochainement, mais rien n'est encore décidé. En attendant, des poèmes pourraient bientôt être mis à l'honneur à la Maison de la presse de Vendôme, dans le cadre du Printemps des poètes.
Le Printemps des poètes se déroule cette année du 13 au 29 mars. Manifestation nationale et internationale, il a pour vocation de sensibiliser à la poésie sous toutes ses formes. Pour cette année 2021 bien particulière, « Le désir » est le thème choisi.
Cor.NR Pascal Blondiaux
